4 avril 2021

Revue : Bootcamp sur l'architecture bioclimatique et durable au Sahel

Écrit par :
Ewa Maréchal

Recently a bootcamp was held in Kabakoo on the theme "Dealing with the challenges of sustainable construction and insulation in the Sahel". It was an opportunity for the Kabakoo community to take a closer look at the future of sustainable architecture, its innovations and to raise awareness of this essential sector for the future.
We warmly thank the speakers Ahouéfa Madiana Hazoume, Oumar WELE, Amelie Essesse, Ousmane Diakité and Mamadou Koné for their very enriching discussions on this sustainable theme !

To learn more about the content of our bootcamp and to better understand the social, economic and environmental issues related to sustainable construction in Africa, please read the article below (in French...)

Un bootcamp a été organisé le week-end du 19 et 20 décembre dernier à Kabakoo sur le thème “Relever le défi de la construction et l’isolation durables au Sahel”. Le but de l’événement était d’apporter des clefs aux participant·e·s pour comprendre les enjeux environnementaux, sociaux et économiques liés au bâtiment durable dans la région du Sahel. Le bootcamp était semi-virtuel et a rassemblé une vingtaine de participants.

La première journée était dédiée à l’intervention de plusieurs expert·e·s de la construction durable (ci-dessous) qui ont eu l’occasion de discuter avec les participant·e·s :

  • Madiana Hazoumé, Ingénieure spécialisée en efficacité énergétique du bâtiment et enseignante a souligné les enjeux de la construction durable en Afrique subsaharienne. Elle a notamment présenté des solutions pour lutter contre l’inconfort thermique des bâtiments grâce à l’utilisation de matériaux adaptés au climat sahélien.
  • Oumar Wele, Fondateur de l’entreprise HABIDEM Habitat et développement en Mauritanie a expliqué les opportunités d’entrepreneuriat et de création d’emplois verts dans la construction durable.
  • Amélie Essessé, Architecte, Experte en conservation du patrimoine et développement durable et Fondatrice de l’Association Bâtir et Développer, a partagé son expérience des architectures Africaines. A partir de l’extrait de son film documentaire sur la restauration de la Maison Jean Rouche par les femmes bâtisseuses d’Ayorou au Niger, elle a expliqué le rôle des savoirs et du patrimoine locaux et comment les revaloriser dans l’architecture contemporaine.
  • Ousmane Diakité, Fondateur de Djigui Nana, entreprise spécialisée dans l’isolation biosourcée des bâtiments, a invité les participant·e·s a visiter quelques-uns de ses chantiers. Il a présenté, entre autres, des containers isolés, utilisables autant comme logements d’urgences que comme espace pour la conservation des produits agricoles.
  • Mamadou Koné, Architecte et Consultant international, Expert en architecture de terre. Il a fait part de ses expériences en tant que responsable de la rénovation des bâtiments emblématiques de l’architecture sahélienne telle que la Mosquée de Sankoré.

La deuxième journée du bootcamp a été consacrée à la visite d’un chantier d’isolation bioclimatique d’Ousmane Diakité, situé à Banankabougou. Pour clôturer le bootcamp, un atelier de restitution entre les participants a été organisé afin d’amener les participants à penser collaborativement à l’avenir de l’architecture durable, à ses métiers, ses innovations, les besoins auxquels elle répond et les perspectives d’entrepreneuriat qu’elle offre à l’heure actuelle.

Les apprenant.e.s sur un chantier bioclimatique à Banankabougou.

Aujourd’hui, la construction en Afrique, comme à travers le monde, est très consommatrice d’énergie et répond peu aux besoins des populations locales. Le domaine de la construction est responsable de 39% des émissions du CO2 liées à l’énergie. Le matériau le plus utilisé reste le béton, alors même qu’il n’est pas adapté aux fortes chaleurs de la région sahélienne : en captant la chaleur et en la reflétant à l’intérieur du bâtiment, son utilisation provoque l’inconfort thermique des habitants. L’emploi de ce type de matériaux incite les populations à installer, dès qu’elles le peuvent, des systèmes de climatisation, eux-mêmes très consommateurs d’énergie et émetteurs de CO2.

Ainsi, l’efficacité énergétique de la construction au Sahel doit être améliorée. Il faut mettre à profit les matériaux locaux, plus responsables au niveau écologique, plus adaptés au climat local et répondant davantage aux enjeux énergétiques majeurs.

La croissance démographique en Afrique est une donnée majeure à prendre en compte pour comprendre l’importance de la construction durable et la problématique de l’urbanisation du continent. En effet, selon la Banque Africaine de Développement, alors qu’en 2019 l’Afrique comptait 1.3 milliards d’habitants, la population pourrait être de 2,7 milliards en 2060. Dans cette dynamique, alors que la population urbaine du continent représentait 41% de la population en 2010, elle pourrait atteindre 65% en 2060. Or, selon UN-Habitat, 80% des logements nécessaires en 2050 restent à construire. Il est donc absolument fondamental de modifier les méthodes actuelles de construction.

Madiana Hazoumé à très bien résumé les défis démographiques et environnementaux liés à la construction bioclimatique : “L’industrie du béton, l’importation des matériaux de construction et la climatisation génèrent beaucoup de gaz à effet de serre qui augmentent le réchauffement climatique. Or d’ici 2050, la population de la région [du Sahel] va plus que doubler donc on va construire et couler beaucoup de béton, et encore renforcer le réchauffement climatique que la région subit de la manière la plus forte. On a donc intérêt à revoir en profondeur nos pratiques de construction.”

Afin de répondre à ce défi que représente la construction durable au Sahel, l’utilisation de matériaux locaux est primordiale. Quelques exemples :

  • La terre, abondante dans l’environnement, constitue une matière première bon marché. Son utilisation permettrait donc à un plus à un plus grand nombre d’avoir accès à un logement décent. C’est une matière respirante, et un bon régulateur d’humidité, elle augmente donc considérablement le confort thermique des habitations.
  • Le typha, une plante considérée comme néfaste se reproduisant principalement dans les cours d’eau, constitue depuis quelques années un problème environnemental et de santé publique en Afrique de l’Ouest. Toutefois, des travaux de recherche ont mis en avant ses propriétés isolantes et sa capacité de régulation hygrothermique.

L’utilisation de matières premières locales implique la réduction voire l’élimination des coûts d’importation. Plus accessibles économiquement, leur emploi faciliterait l’accès à un logement pour les plus défavorisé·e·s. De plus, l’absence d’exportation de matière première entraînerait une diminution des émissions de gaz à effet de serre liées au transport de celles-ci.

Amélie Esse a quant à elle insisté sur la valorisation du savoir-faire local et du patrimoine africain, qu’elle essaye elle-même de faire valoir dans son travail au quotidien: “En tant qu’architecte, j’ai appris à connaître les matériaux, savoir d’où ils viennent et comment les utiliser dans l’architecture contemporaine tout en me basant sur le patrimoine local.”

Au-delà du choix des matériaux et des techniques de construction, il est important de favoriser la formation d’une main d’œuvre locale. Les métiers de la construction durable sont divers et variés et le marché est une véritable niche d’emplois potentiels pour les jeunes de la région subsaharienne. L’architecture bioclimatique peut constituer un bon moyen pour lutter contre le chômage et dynamiser l’économie locale. Comme l’a souligné Oumar Wele : “La construction à base de matériaux locaux comme l’argile, la paille ou le typha suscite de plus en plus d’intérêt mais la main d’œuvre qualifiée fait défaut pour répondre à cette demande. L’initiative de Kabakoo doit permettre aux jeunes de connaître et saisir cette opportunité.”

L’équipe de Kabakoo est ravie d’avoir pu organiser un bootcamp autour d’un thème aussi crucial et intéressant que celui de la construction bioclimatique, et espère avoir pu sensibiliser les participant·e·s à ce secteur essentiel pour le futur.

Une des apprenantes ayant participé au bootcamp, Fatoumata Traoré, nous a livré son ressenti: “C’était vraiment un week-end riche en apprentissage, j’ai appris beaucoup de choses, notamment l’importance des habitations bioclimatiques et leurs avantages sur l’environnement. J’ai aussi appris sur les différences entre les méthodes de construction durable et les constructions ordinaires. J’ai été très surprise en visitant le chantier de Mr. Diakité, parce que je ne savais pas que ce type d’habitations existaient auparavant”.

Fofana Kognouman, a quant à lui déclaré : “ Ce week-end a été très enrichissant pour moi. J’ai pu acquérir des connaissances sur l’isolation, la construction en terre et l’importance des constructions écologiques de manière générale. Un grand merci à Kabakoo !”

The workshop participants on the last day (a Sunday!)